Les Bormettes

Les Bormettes : coeur historique et quartier industriel

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Les Bormettes, coeur historique de La Londe

C’est aux Bormettes que la commune puise ses origines.

Les Bormettes est un des plus anciens toponymes de notre territoire. Il remonte à l’époque où une tribu celto-ligure s’implante sur nos terres, les Bormani.

Ce toponyme ne correspond aujourd’hui plus qu’à un quartier de La Londe mais jadis il correspondait à un territoire beaucoup plus vaste, délimité par les communes de Bormes à l’est, de La Garde à l’ouest, de Pignans au nord et la mer au sud.

Mais les premières traces d'implantation humaine dans ce quartier datent de l'époque romaine. D'après des fouilles de la fin XIX° siècle, les romains avaient bâti un "fundi", domaine agricole au pied la colline de l'Hôpital. La découverte de meules à grain à bras, d'amphores et surtout d'immenses dolia témoigne d'une exploitation des terres pour le blé, l'olivier et surtout la vigne.

Au Moyen Age, le Pic St Martin qui domine le château viticole des Bormettes est investi. Il semble avoir abrité le premier village de la Londe. Pendant trés longtemps, d'après des découvertes datant de la fin du XIXème siècle concernant des enceintes en pierre ceinturant ce sommet, ainsi que des fragments de poteries et de hache en diorite, on a interprété ce site comme étant un oppidum, c'est-à-dire un poste défensif construit par les ligures, au VII-VIèmes siècles av.JC., contre les phéniciens qui débarquèrent sur nos côtes dès le début de l'âge de fer peut-être pour l'exploitation des mines de plomb argentifère. D'après des découvertes récentes, le Pic St Martin, point culminant et stratégique par rapport à la mer, est au XIIIème siècle un castrum, site fortifié, au sein duquel, un village qui a cependant eu une existence éphémère, se serait développé.

Sur la colline de l’Hôpital, voisine du Pic St Martin, se trouvait peut-être un de ces établissements tenus par les Hospitaliers de l'Ordre de St Jean pour soigner les croisés, à moins que ce ne fut une de ces léproseries construite au VIIème siècle à l'époque où la lèpre fit des ravages en Provence. La seule trace que nous en ayons est une aquarelle réalisée par une londaise juste avant que les derniers vestiges ne soient détruits par les armées allemandes en 1943. Elle représente un bâtiment à l'allure monastique. Une légende locale semble confirmer la thèse de l'hôpital : au retour de sa 7° Croisade, lorsque St Louis débarqua à l’Ayguade, elle raconte que trois de ses chevaliers y seraient venus trouver repos et guérison.Y ayant retrouvé leur vaillance, chacun aurait décroché une croix de leur insigne et l'aurait offert aux hospitaliers. La situation de cet hôpital entre la plage du Pellegrin (Pellerin) et la Tour des Templiers à Hyères semble tout à fait justifiée.

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A partir du XI-XIIèmes siècles,les Bormettes vont devenir peu à peu propriété monastique, avec la naissance des monastères de Montrieux et de La Verne. Les moines acquièrent de nombreuses terres aux Bormettes, développent leur exploitation et les mettent en fermage. Bormette fournit son principal revenu à la Chartreuse de la Verne, qui ne cesse d’en dilater les limites par des achats au point qu’une inévitable lutte verra le jour avec les frères de Montrieux. Des bornes marquent encore aujourd'hui la délimitation des terres de chaque maison monastique. Fin XVIème siècle, suite à la destruction de leur chartreuse, les moines de Montrieux se retirent des Bormettes. Les moines de La Verne vont alors affirmer leur installation et construisent les premiers châteaux à vocation agricole : celui des Bormettes entre 1588 et 1642 puis celui du Bastidon.

Ces deux domaines vont se complèter. Si sur l’un comme l’autre, on cultive blé, avoine et artichauts et on pratique l’élevage laitier et des volailles, les Bormettes reste le domaine de la vigne et le Bastidon celui des mûriers et surtout des oliviers. Les olives du Bastidon sont amenées aux Bormettes où les moines ont installé un important moulin à huile daté de 1704. Cette huile représentait une grosse production et procurait aux moines un important revenu. D'après un inventaire de 1790, le domaine des Bormettes comptait 51 urnes de près de 130 hl d'huile et 20 tonneaux de 380 hl de vin.

En 1707, au cours de la guerre de succession d’Espagne, le domaine des Bormettes fut pillé par les anglo-hollandais : ils répandirent tout le vin et l’huile et emportèrent les futailles, de même que les portes et fenêtres et mirent le feu au château et aux granges remplies de grain.

Jusqu’en 1791, le domaine restera aux mains des Chartreux. La proportion écrasante des terres qu’ils possèdent explique que La Londe restera un désert humain jusqu'à la Révolution. A partir de là, les choses changent avec la nationalisation des biens des Chartreux et leur mise aux enchères. Un certain Pierre Laure, trisaïeul de Joseph Laure qui sera le 1° maire londais, devient acquéreur du domaine puis en 1855, Horace Vernet (1789-1863), peintre de batailles et surtout peintre officiel de Louis Philippe et de Napoléon III.

Attiré par la notoriété de la station climatique hivernale qu'est Hyères en Côte d'Azur au milieu du XIX° siècle, il fut charmé par ce coin des Bormettes qui lui rappelait les paysages d’Algérie qu’il avait pu immortaliser sur ses toiles. Atteint d'une pleurésie et désireux de trouver le calme pour passer la fin de sa vie, il s’y installe. Sur les ruines d'un bâtiment dépendant du domaine des Chartreux, il se fait bâtir un château de style éclectique surtout médiéval et à l'architecture très composite (juxtaposition de corps de bâtiments de différents volumes et hauteurs) mais qui répondait au souhait de Vernet de donner à l'ensemble l’aspect d’un village. Il y a même intégré une chapelle, dédiée à Saint Victor, en souvenir des moines de Marseille qui possédèrent les premiers des terres aux Bormettes au XIème siècle. La vie du maître s’acheva ici à la suite d'un accident, on ne peut plus grotesque. Lui qui avait tant chevauché à dos de grands équidés les champs de batailles mauresques, allait mourir des suites d'une blessure encourrue après une chute à dos d'âne qu'il avait enfourché pour aller examiner une batteuse mécanique ! Rapatrié sur la capitale, il y mourut en 1863 d’une terrible agonie. Il légua ce château à un de ses petits-fils, Philippe Delaroche-Vernet, fils du peintre Hyppolite Delaroche.

En 1874, Victor Roux, riche financier marseillais, achète le domaine. Il fait restaurer et aménager le château, et planter autour une grande variété de palmiers, mimosas et eucalyptus, qui en font un des plus beaux parcs de la côte. Reflet du triomphe du colonialisme et de cette quête d'exotisme qui anime les grands esprits de la fin XIX°, le château est aussi décoré de sculptures et majoliques, qui lui confère désormais ce style hispano-mauresque si particulier. En 1890, le château est agrandi d'un corps de bâtiment au sud-est, surmonté d'un donjon et d'un toit-terrasse, un des premiers de la Côte d'Azur, signe de l'héliotropisme naissant à cette époque. Cette aile est décorée de majoliques censées représentées la famille Roux dans des scènes mythologiques, immortalisant sa présence dans ce château pendant près d'un demi siècle. Lire la suite...

Délaissé peu à peu comme habitation, le château devient par la suite pour les Roux une propriété de rapport. De 1923 à 1929, il sera le théâtre du développement de l'Hébertisme, méthode d’émancipation du corps et de l’esprit basée sur la pratique d’exercices physiques naturels et au grand air, plan de réforme de l'enseignement de la gymnastique dans La Marine que le pédagogue français Georges Hebert mit au point à Dauville et aux Bormettes. Ici, c'est un collège gymnique féminin hivernal qu'il installe, où près de 200 femmes séjourneront.

En 1925, Mme Richard, descendante Roux, vend le domaine des Bormettes à une société civile qui tentera en vain de faire du château une clinique sanatorium.

En 1929, la société civile se détache du château Vernet, ne conservant que le domaine agricole, et le vend à une étrange société alsacienne soit-disant holding d'entreprises de cinéma, l’Astrolabe Omnium de l’Est. Dans les années 1930, sous couvert de productions cinématographiques, cette société fait construire l’astrolabe, bâtiment aux allures militaires de même style que le château Vernet situé en hauteur, et s'en sert de base d’espionnage des activités de l’usine de torpilles Schneider, située en bord de mer. En 1936, sur intervention des services de sécurité, les activités sont interrompues et la société expropriée.

La Marine prend alors possession de cette propriété et devient en 1942 propriétaire du site. Comme elle trouvait que le château avait plus des allures monastiques que militaires, elle supprime le clocher qui surmontait la chapelle.
Après avoir été réquisitionné par l’organisation Todt qui recouvre le château d’une peinture verte pour le camoufler, la Marine reprend ses droits à La Libération et y installe son premier centre de formation militaire maritime, qui sera d'abord une école de canonage. Le château abrite alors le poste de commandement et les logements des officiers. La Marine étend rapidement son domaine en acquérant d’autres parcelles, de l'autre côté de la route actuelle de Brégançon. En 1952, le centre devient Ecole de transmissions, où Alain Delon fera son service militaire. En 1958, le bas-relief situé sur la façade de la chapelle, représentant Mme Roux tenant dans ses bras son fils décédé enfant d'une méningite, et interprété par un amiral comme une Vierge à l’enfant, sera retourné à l’intérieur des murs et remplacé par un cadran solaire peint.
En 1972, suite au regroupement des écoles de Marine à St Mandrier, La Marine cède l’ensemble de la propriété au Ministère des PTT, qui en fait un centre de formation professionnelle et technique aux télécommunications. Le site est aujourd'hui encore propriété de France Télécom.

Site militaire, Les Bormettes ont connu aussi une intense activité minière.

Vers 1875, Victor Roux redécouvre et développe à l'Argentière un filon de plomb et de zinc peut être exploité dès l'Antiquité et sûrement au Moyen Age. En 1881, il fonde la Société des Mines des Bormettes et l’exploitation des mines démarre dès 1885, créant de nombreux emplois.

Parallèlement, d’autres filons sont découverts et exploités à partir de 1890, à tel point que la concession minière s'étend sur les 2/3 de la commune de La Londe et même sur une partie de celles de Bormes et Collobrières. Devenant les plus importantes exploitations de zinc en Europe à la fin du XIX°, ces mines sont tellement prospères que leur rentabilité nécessite la création d’un chemin de fer, permettant le transport des ouvriers et du minerai jusqu’à l'Argentière, lieu de traitement et d’expédition. La portion du sentier appelé « Promenade des Annamites », située dans le quartier des Bormettes, permet aujourd’hui de suivre cette ancienne voie ferrée.

Signe de prospérité aussi, une fonderie dont on aperçoit, depuis le sentier de promenade, l’imposante cheminée-tunnel est construite en 1897 pour traiter la galène sur place.

L’exploitation des mines des Bormettes connaît une baisse croissante de sa productivité dès 1901 et du fait de l'épuisement du filon le plus riche, cesse toute activité en 1929.

A l'époque où cette activité décline, une autre activité industrielle va prendre le relais. La société Schneider implante aux Bormettes une usine d'armement, filiale des usines du Creusot, dans ce site stratégique en rade d'Hyères où il profite en plus de la main d’œuvre disponible et des structures de la mine déclinante.

Dans un premier temps, son activité sera limitée aux essais de lancement en mer de torpilles fabriquées dans les usines d’Harfleur et du Creusot. A cette fin, un îlot de lancement artificiel en béton armé, construit sur les principes de l'ingénieur Hennebique, fut implanté en 1908, au large de la pointe de Léoube(Bormes). C'est là que les premières torpilles automobiles fabriquées en France ont été testées.

Puis en 1912, suite à une commande importante de torpilles pour La France et l’Italie, le bureau d’étude du Havre s’installe ici. Une véritable usine d'armement va voir le jour : en 1913, est construit l’atelier avec la toiture à sheds pour fabriquer les torpilles sur place et une fonderie est aménagée. A la veille de la 1° Guerre Mondiale, 234 torpilles y seront exécutées. Pendant la guerre, l’usine fabrique essentiellement des pièces pour l’armée (obus, pièces d’avion...). Lire la suite...

Après la guerre et jusqu’en 1921, Toulon devenant le sanctuaire de la torpille en France, l’usine s’est reconvertie dans la fabrication de moteurs électriques. De nombreuses femmes étaient alors employées pour le bobinage qui requièrait des mains minutieuses. A partir de 1920, la société Schneider entreprend la construction d’une ligne de chemin de fer. Elle était reliée au chemin de fer du littoral qui passait au village pour le transport des ouvriers mais aussi de l’outillage, du combustible et des produits métallurgiques nécessaires à la fabrication.

En 1921, l'usine retrouve sa vocation d'origine. En 1937, la société Schneider est expropriée et l’usine nationalisée et associée à celle de St Tropez pour devenir la DCN. Ces deux usines, avec celle de Toulon, travaillent alors en étroite collaboration : réalisation des plans et des prototypes à St Tropez, fonte des torpilles à Toulon, assemblage et finitions à La Londe.
Cependant, suite à la concurrence internationale en matière d'armement et à la réduction du budget de la Défense, l' établissement des Bormettes a du fermer en 1993.

Cette activité industrielle avait fait naître une cité construite entre 1913 et 1920 de 103 maisonnettes d'ouvriers et 11 villas réservées aux cadres. Ces maisonnettes, construites en alignement et prolongées par un jardin potager et une cour, donnent à l’ensemble l’allure d’une cité coron. Elles ont été équipées dès l'origine d’eau courante, d'électricité et du tout-à-l’égout, alors que le village de La Londe n’en était pas encore pourvu.
Cette cité vivait en totale autonomie par rapport au village, comportant toutes les structures nécessaires aux besoins de la vie quotidienne et aux loisirs : coopérative alimentaire, fournie par les produits de deux fermes appartenant à Schneider et où on trouvait de tout à des prix défiants toute concurrence, école, garderie, bureau de poste, boulangerie, bar, salle des fêtes, kiosque à musique, et plus tard, coiffeur, douches publiques, salles de sports.
Aujourd'hui encore habité par près de 80 familles, c'est un des rares exemples de cité coron en Méditerranée. Encore dynamique de part le fort tissu associatif sportif et culturel qui émane du monde ouvrier, cette cité vit chaque année à la Pentecôte à l'heure d'une fête traditionnelle, inventée par les ouvriers il y a plus de 80 ans.

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